La dernière ligne

· 1 min de lecture · fantastique, quotidien

Chaque soir, à 23 h 12, Marcel montait dans la rame de la ligne 7 pour son dernier contrôle. Il avait fini par aimer ce moment : les voitures presque vides, la lumière trop crue, le grondement régulier qui tenait lieu de conversation.

Ce soir-là, pourtant, le plan affiché au-dessus des portes lui parut faux. Il le relut station par station, du doigt, comme on suit une ligne de prière. Après Porte des Lilas, il y avait un nom qu'il n'avait jamais remarqué : Suburbian.

— Vous descendez ? demanda une voix.

Une femme âgée, un cabas sur les genoux, le regardait avec bienveillance.

— Je ne connais pas cette station.

— Personne ne la connaît, dit-elle. Mais tout le monde y arrive un jour.

La rame ralentit. Les vitres, d'ordinaire noires, se remplirent d'un gris doux, presque tendre, et Marcel comprit qu'il n'avait pas peur. Il rangea son carnet de contrôle dans sa poche, comme on range un outil dont on n'aura plus besoin.

Les portes s'ouvrirent sur un quai désert, éclairé par une seule lampe. Sur le mur, en lettres simples, on avait peint : Ici, on prend le temps.

Marcel resta un moment sur le seuil. Puis il fit ce qu'il n'avait jamais fait en trente ans de service : il descendit sans regarder l'heure.